ittéraire, Des archétypes à la poétique du sujet, Paris, Nathan, 2000, p. 57.
Les réalités géographiques et cosmiques, les structures sociales, la conscience de la fécondité féminine, de la force virile, toutes ces données objectives de la perception se mêlent à nos pulsions profondes pour constituer notre représentation du monde. Entre ces deux dimensions de la réalité, l’une objective, l’autre subjective, l’imagination opère un perpétuel va-et-vient, un échange constant, auquel Gilbert Durand donne le nom de “trajet anthropologique.” Ce trajet définit l’imaginaire :

« Finalement, l’imaginaire n’est rien d’autre que ce trajet dans lequel la représentation de l’objet se laisse assimiler et modeler par les impératifs pulsionnels du sujet, et dans lequel réciproquement, comme l’a magistralement montré Piaget, les représentations subjectives s’expliquent « par les accommodations antérieures du sujet » au milieu objectif.»1

D’après Durand, toutes pensée repose sur des images, qui n’ont rien à voir ni avec la mémoire, ni aves la perception.

1 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Paris, Dunod, 1992, p.38.
En effet, la conception de l’anthropologie de l’imaginaire que Gilbert Durand a construit s’est fait sur cette constatation qu’à l’origine de toute culture, il y a une peur essentielle qui est la peur de la fuite du temps. Ce que Durand appelle le Chronos dévorant, que toutes les productions, pratiquement imaginaires et intellectuelles peuvent relever des réponses à cette fuite du temps.
En réalité, le principe classification de Durand est la bipartition des symboles entre deux grands régimes : “diurne et nocturne”. Ces régimes représentent deux manières de lutter contre le temps et l’angoisse de mort. Fondamentalement antithétique, le régime diurne oppose deux grandes catégories d’images, les unes qui signifient l’angoisse devant le temps, les autres la volonté de vaincre celle-ci et de s’élever au-dessus de la condition humaine. Parmi les premières, on distingue trois types de symboles représentant les visages du temps. D’abord des symboles thériomorphes, des images animales qui signifient soit l’agitation et le changement, soit l’agressivité et la cruauté. Ensuite viennent des symboles nyctomorphes, des images de la nuit qui transposent en terme d’obscurité la craint engendrée par le temps. Il groupe les images de l’impureté, de l’eau noire, mais aussi celle de l’aveuglement. Enfin, des symboles catamorphes, des images de la chute, mais aussi des images du sang, du vertige, de la pesanteur ou de l’écrasement. Ces symboles disent la déchéance de l’homme, chassé du paradis et devenu mortel.
À toutes ces images des temps, valorisés négativement, s’oppose le symbolisme symétrique de la victoire sur le destin et sur la mort. Il constitue le deuxième type d’images du régime diurne. À l’intérieure de celui-ci, Gilbert Durand distingue de nouveau trois catégories de symboles. En premier lieu, des symboles ascensionnels, par lesquels l’homme atteint à une souveraineté céleste, on trouve ici les images de l’élévation, de l’aile, de l’ange, du géant. Puis, des symboles spectaculaires, ils groupent les symboles de la lumière et les organes de la lumière : le soleil, l’œil, le verbe divin. Pour finir, des symboles diaïrétique, symboles de la puissance et de pureté qui se composent des armes et des insignes de la victoire, de l’accession à la transcendance : flèche, glaive, etc.
Les structures mystiques et synthétiques constituent le régime nocturne. Le premier cherche à nier le temps sur le mode de l’antiphrase, et le deuxième à s’en accommoder, à tirer parti de sa nature cyclique.
Dans les structures mystiques les symboles ne font plus vivre le monde en termes de conflit, comme dans l’antithèse, mais visent, au contraire, à réduire ses dangers, à les euphémiser au point de les nier, de les inverser, comme par antiphrase. Ils se répartissent en deux groupes : un groupe d’images de l’inversion et un groupe d’images de l’intimité. Ces structures de mystiques conjuguent une volonté d’union avec le monde et le goût de l’intimité secrète. Elles reçoivent également l’épithète d’antiphrasiques, pour souligner que leur fonctionnement générale est celui de l’antiphrase.
Dans les structures synthétiques ou (dramatiques) les symboles sont tous cycliques, ils sont animés par le désire de maîtriser le temps en utilisant ses rythmes propres. Pour y parvenir, ils s’orientent soit dans le sens de l’eternel retour, soit dans celui du progrès. Les cycles de l’éternel retour comportent une phase négative et une phase positive, la première étant interprétée comme nécessaire à l’avènement de la seconde, ce qui en euphémise la négativité. Dans les symboles progressistes, le dernier cycle « n’est qu’un cycle tronqué ou mieux une phase cyclique ultime emboîtant tous les autres cycles comme figures et ébauches de l’ultime procès. »1 Les symboles cycliques se présentent sous la forme de récits dramatiques, de mythes opérant la synthèse, la réconciliation si l’on préfère, d’images qui s’opposent dans les autres structures de l’imaginaire. Les modèles naturels de ces cycles sont les phrases de la lune et le cycle végétal des saisons.
Puisqu’ un travail constituant tous les deux régimes deviendra trop long pour un mémoire de maîtrise, notre travail se contente d’étudier les images du régime diurne de l’imaginaire.

1 Ibid., p. 322.

Temps est un thème fréquent chez Le Clézio, Pour étudier ce concept chez Le Clézio, nous essaierons de voir, d’une part, si il prouve une certaine peur face à la fuite du temps ? Si oui, pourquoi ? D’une autre part, est- ce qu’il pourrait maîtriser la fuite du temps ? Si oui, comment ?
En tant que corpus, face à une immense production littéraire, il est à signaler que nous avons étudié une petite partie de l’œuvre romanesque de Le Clézio pour analyser des figures de l’imaginaire. Nous avons travaillé sur les ouvrages : La Ritournelle de la faim, Désert et L’Africain.
Ce travail comprend deux parties. Dans la première partie nous allons étudier les images négatives du régime diurne regroupées autour des symboles thériomorphes, nyctomorphes et enfin catamorphes. Et dans la partie suivante, nous allons voir si Le Clézio pourrait enfin montrer une victoire face à l’écoulement du temps. La réponse à cette question sera une analyse des images positives du régime diurne regroupées autour des

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