s symboles ascensionnels, spectaculaires et enfin les symboles de protection contre le temps.

I. LA FUITE DU TEMPS

I.I LES SYMBOLES THÉRIOMORPHES

Dans ce chapitre consacré aux symboles thériomorphes, nous allons présenter comment la bestialité se manifeste dans l’imaginaire de l’auteur. Dans l’imagination de Le Clézio, la peur, l’angoisse devant le temps et devant la mort se révèlent sous forme d’animal terrifiant.
Cette partie va montrer l’importance de l’archétype d’animal dans l’imagination de l’auteur. Nous considérons les images animalisées du soleil, de la lune, de l’air et du sel qui constituent les images chaotiques chez Le Clézio.
I.I.1 La bestialité du “soleil”
Nous allons étudier les images du soleil. Nous allons voir comment le soleil et ses aspects secondaires (la lumière, la chaleur), apparaissent à travers l’œuvre de Le Clézio.
Le soleil a généralement deux valeurs : positive, « il est la source de la lumière, de la chaleur et de la vie. »1 Sous un autre aspect : négatif, il est le destructeur. Le soleil et son cortège de disette et de sécheresse sont néfastes.

1 GARDIN, Nanon, et le Petit Larousse des symboles, Paris, Larousse, 2006, p. 579.
Normalement, dans ce chapitre nous allons traiter le côté négatif. Le soleil devient comme un animale qui effraie les personnages.
L’exemple ci-dessous tiré de Désert, exprime que dans l’imagination de Le Clézio le soleil est l’annonce de la souffrance:

1

Dans cette scène de la mort tout est terrible non seulement la tempête, le vent, le sable mais aussi le soleil brûlant de désert qui aveugle les soldats. Ce terme “aveuglant” qui s’emploie pour les animaux sauvages, nous permet de supposer le soleil comme un animal dont l’image des griffes est sur la mort. Alors le soleil peut tuer; il est sans pitié; il est terrible.

1 LE CLEZIO, Jean-Marie Gustave, Désert, Paris, éd. Gallimard, 2008.p.181.

Ou bien, il se manifeste comme l’élément agaçant dans l’univers :

1

2
Le soleil est une force qui s’impose aux personnages de Le Clézio. L’immense soleil cumule tous les traits effrayants que le temps revêt dans l’imagination de l’homme. Il brûle et fait saigner ; il fissure.

1 LE CLEZIO, Jean-Marie Gustave, L’Africain, Paris, éd. Gallimard, 2010.p.25.
2 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.115
La chaleur du soleil se manifeste comme un élément destructeur qui crée une atmosphère impossible à vivre :

1

Dans cet exemple, Lalla le personnage principale de Désert est dans une situation insupportable. Elle marche sous la chaleur dure et poudreuse du soleil qui pèse sur elle, qui fait mal. Cette chaleur terrible crée une atmosphère terrible et effrayante qui ne s’accorde pas à son état d’âme.

1 Ibid., p.214.
La chaleur est intermédiaire entre le soleil (symbole de vie) et le soleil (symbole de mort). Quand la chaleur devient forte, elle peut rendre l’espace insupportable, voire, elle fait mourir.

Le soleil est comme un animal qui a des griffes pour dévorer. Cet animal : ce soleil dévorant et ténébreux, nous semble être proche parent du Kronos grec, symbole de l’instabilité du temps destructeur. 1 :

2

1 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op. cit. , p. 94.

2 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.220
I.I.2 La bestialité de la “lune”

À présent nous arriverons à l’image de la lune. Est-ce que la lune peut aussi être animalisée ? Est-ce qu’elle peut devient menaçante 
Selon Gilbert Durand la lune est indissolublement conjointe à la mort. Elle est un astre qui croît, décroît, disparaît, un astre capricieux qui semble soumis à la temporalité et à la mort. «  La lune est souvent considérée comme le pays des morts. »1

Dans ce passage de Désert, le narrateur parle de la lune comme un animal dévorant :

2

1 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op. cit., p. 111.
2 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.41.
La lune revêtit l’aspect animal. Elle se manifeste comme un animale sauvage qui attaque brusquement. Tous les éléments de la nature sont noyés dans la lumière de la lune.
La lune peux aveugler par sa lumière qui recouvert de son brouillard.

Dans cette partie de Désert, nous voyons l’influence de la lune sur Smara. La lune noie les étoiles ; elle est le signe de la mort :

1

La lune est effrayante, elle est comme un animal qui a des griffes pour creuser un vide dans les tentes et les murs.

1 Ibid., p.38.
I.I.3 La bestialité de l’”air”

Nous allons étudier les images concernant l’air et le vent, à fin que nous puissions comprendre comment ils se sont manifesté ces deux dans l’imagination de l’auteur.
Dans les exemples suivants, l’air et le vent apparaissent comme un animale qui angoisse l’être humain et qui fait mourir les hommes. Ils peuvent étouffer les gens et empêcher de respirer. Ils constituent ainsi une image bestiale:

1

1 Ibid., p.79.

Le vent représente la matérialisation du désert, de son indifférence et de son refus de l’homme :

1

Il se présente comme une force négative car il est lié au champ lexical de la destruction et au thème de la mort.

Il y a aussi un vent doux et lent. C’est un vent étrange. Il ne vient pas du désert mais de l’autre côté de la mer. Il vient des endroits peuplés, des villes. Il incarne l’opposition entre le désert et la ville c’est pourquoi le vent du désert est cruel mais ne tue pas les hommes, tandis que l’autre, même s’il est doux et que l’on ne le sent presque pas, apporte les maladies et la mort. Les hommes du désert l’appellent « le vent de malheur » :

1 Ibid., p.13.
« […] le vent de malheur est un vent très doux qui tourbillonne, qui lance quelques rafales, puis qui pèse sur les toits des maisons, qui pèse sur les épaules et sur la poitrine des hommes. Quand il est là, l’air devient plus chaud et plus lourd comme s’il y avait du gris partout. Quand il vient, ce vent lent et doux, les gens tombent malades, un peu partout, les petits enfants et les gens âgés surtout, et ils meurent. C’est pour cela qu’on l’appelle le vent de malheur. »1

Le vent peut être parfois vent du mal ou vent du malheur. Ce vent lent et doux, apporte avec lui, la mort et la destruction ; il tuera Naman, l’ami de Lalla, autre personnage essentiel du roman de Désert.

Le royaume du vent du désert finit au port, dans la ville règne le vent de malheur, le vent de mort. Tandis qu’au désert, le vent est la matérialisation du désert, dans la ville il est celle de la ville:

1 Ibid. pp.195, 196.

 « Le vent du mal souffle dans la rue, c’est lui qui fit le vide sur la ville, la peur, la pauvreté, la faim ; c’est lui qui creuse ses tourbillons sur les places, et qui fait peser le silence dans les chambres solitaires où étouffent les enfants et les vieillards »1

Il prend aussi les caractéristiques de la ville – mort, froid :

« Il y a un froid de mort qui sort des bouches des soupirails, des caves, des fenêtres noires. C’est comme une haleine de mort qui souffle le long des rues, qui emplit les recoins, pourris au bas des murs »2

Dans cette partie, nous voyons une combinaison entre les éléments de la lumière et de l’air .cette combinaison construit une ambiance pesant et menaçant qui gêne le personnage: Lalla.

1 Ibid., p.p.312, 313.
2 Ibid., p. 301.
1

Le vent, c’est comme un élément meurtrier qui détruit et n’aime pas la vie. À ce phénomène naturel s’associe l’adjectif “brûlant ” qui représente l’agressivité du vent et son caractère destructeur et néfaste:
2

1 Ibid., p.117.
2 Ibid., p.202.
I.I.4 La bestialité du “sel”
Dans ce chapitre, nous allons procéder à l’analyse de la bestialité du sel dans l’imagination de Le Clézio. Dans les passages suivants, le sel a été animalisé. À présent, c’est le sel qui donne l’angoisse.
Ce fragment de Désert nous représente l’aspect animal du sel :
L’eau salée emplit sa bouche coule dans sa gorge. Mais Lalla n’a pas peur de la mer, ce jour-là, elle boit l’eau salée à grandes gorgées, et elle sort de la vague en vacillant, comme ivre, aveuglée par le sel. Ensuite elle retourne dans la vague, et elle nage longuement, parallèlement au rivage, ses genoux raclant le sable quand la mer se retire, puis portée en haut de la vague qui se gonfle autour d’elle. 1

La bestialité du sel se trouve dans ce fragment de Désert :
Les femmes n’avaient pas de chaussures, et leurs pieds nus étaient brûlés par le sable et rongés par le sel. Mais ce qui était le plus douloureux en eux, ce qui faisait naître l’inquiétude et la pitié, c’était leur silence. 2

Le verbe “ronger” nous représente le caractère destructeur et tourmentant du sel.

1 Ibid., p.171.
2 Ibid., p.227.
I.II LES SYMBOLES NYCTOMORPHES

Jusqu’ici nous avons vu le temps possédant la caractéristique d’agressivité animale, du visage de la sauvagerie sous le nom des symboles thériomorphes. À présent l’angoisse devant le temps apparaît comme des images placées sous les signes des ténèbres.

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