t Durand, comme la quintessence vécue de toute la dynamique des ténèbres et Bachelard a raison de voir dans ce schème catamorphe une métaphore réellement axiomatique. »2 Cette métaphore est solidaire des symboles des ténèbres et de l’agitation.

1 BACHELARD, Gaston, L’Air et les Songes essai sur l’imagination du mouvement, Paris, José Corti, 1990, p. 107.
2 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op.cit., p. 122.
Elle résume et condense les aspects redoutables du temps, «  elle nous fait connaître le temps foudroyant. » 1
Les images concernant le sang appartiennent également aux symboles catamorphes. Dans cette partie nous allons étudier d’abord les images du sang, et ensuite celles de la chute.

I.III.1 L’image du sang
Nous allons procéder à l’analyse de l’image du sang dans l’imagination le clézienne. Dans ce chapitre nous n’allons pas parler du sang en tant qu’un élément beau, noble, élevé et enfin en tant que race et purificateur. Par contre, nous voulons parler du sang néfaste, impur, et terrifiant. Il est bien clair que ce sang impur n’a pas de relation avec la vie, mais au contraire, il s’allie avec l’anéantissement et la mort.

Dans cette scène terrible de Désert, nous avons l’isomorphisme de l’image noire (qui appartient aux symboles nyctomorphes) et l’image du sang (appartenant aux symboles catamorphes) :
1 BACHELARD, Gaston, La Terre et les rêveries de la volonté essai sur l’imagination de la matière, Paris, José Corti, 1948, p. 353.
1

Cette scène est terrifiante. Tout est terrible, on a l’image de la mort et du sang par “des ruisseaux de sang” et des cavaliers “éclaboussés de sang”. La peur envahit non seulement les cavaliers qui s’échappaient mais aussi ” leurs chevaux au poil hérissé par la peur”.
Le lit de fleuve est plein de corps des hommes qui tombent par “Les rafales des mitrailleuses” et leurs sangs coulaient sur les galets, “se mêlant aux minces filets d’eau”.

L’image du sang se trouve aussi dans une autre scène de Désert. Dans cette partie le sang est l’image de l’angoisse intense :

1 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.436.
1

Dans cet exemple, nous avons l’isomorphisme de l’image de la bestialité (qui appartient au symbole thériomorphe) avec le mot bestiaire ” dévoreurs ” et l’image du sang (appartenant au symbole catamorphe)  par les termes “aux yeux sanglants, aux yeux cruels “. Il y a trop d’angoisse et de souffrance dans cet immeuble sale qui écrase les hommes.

2

1 Ibid., p.315.
2 Ibid., p.106.
Lalla est chez sa tante. Elle y rencontre son prétendant. Chez sa tante, elle sent le danger et l’angoisse. Elle se trouve maudite si elle accepte se marier avec cet homme qui apporte une bague dont ” la pierre rouge brillait comme le feu de l’enfer, avec une lumière mauvaise, rouge comme le sang “. Dans cette scène l’image du sang est liée à la mort.

I.III.2 L’image de la chute
Les images de la descente se font partie de celles de la chute. Nous savons bien qu’au moment de la chute, le mouvement est extrêmement rapide et incontrôlable. Et comme Durand écrit la chute est liée « à la rapidité du mouvement, à l’accélération comme aux ténèbres, elle constitue pour la conscience la composante dynamique de toute représentation du mouvement et de la temporalité.»1

2

Dans ce fragment, le vol de l’oiseau lui “fait naître la peur”, elle se sent le vertige et la peur. Nous avons l’isomorphisme entre les images bestiaires comme “la lumière qui brûle, tout cela l’étourdit, creuse un vertige” et l’image de la chute par le verbe tomber.
1DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op.cit., p. 123.
2 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.128.

1

Dans cette partie l’image de la chute est liée à l’image de la mort. Le narrateur raconte la scène de la mort ou bien la chute d’un malade de son père qui “retombe dans une sorte de léthargie”.

Dans la maison mauve il y a des arbres qui font de l’ombre aux fruitiers de voisin. Il proteste et les oblige de défibrer les arbres. Ethel est triste et se sent le vertige de cette chute des arbres:

1 LE CLEZIO, L’Africain, op.cit., p.105.

1

Elle ne dîne, ni se déshabille, seulement elle pleure sans ressentir sa tristesse. La chute des arbres se réunit avec le vertige d’Ethel.

1 LE CLEZIO, Jean-Marie Gustave, La ritournelle de la faim, Paris, éd. Gallimard, 2007.p.107.

II. LA VICTOIRE SUR LE TEMPS

II.I LES SYMBOLES ASCENSIONNELS

Face au temps passant extrêmement pressé, l’homme se voit obligé de prendre des mesures pour échapper à ce dépassement angoissant. En effet, le temps veut faire de l’homme son esclave. Il faut donc inverser les rôles et se dresser contre ce temps dévorant en sorte que l’Homme devient le maître du temps. Selon Gilbert Durand :

« Aux schèmes, aux archétypes, aux symboles valorisés négativement et aux images du temps, l’on pourrait opposer point par point le symbolisme de la fuite devant la temps ou de la victoire sur le destin et sur la mort. Car les figurations du temps et de la mort n’étaient qu’excitation à l’exorcisme, qu’invitation imaginaire à entreprendre une thérapeutique par l’image. […] Imaginer le temps sous son visage ténébreux, c’est déjà l’assujettir à une possibilité d’exorcisme par les images de la lumière. L’imagination attire le temps sur le terrain où elle pourra le vaincre en toute facilité. »1

1 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op.cit., p. 135.
Ce chapitre comprend des images concernant la notion de hauteur, de verticalité et d’ascension. Les symboles de la hauteur sont les contrepoints de l’archétype de la chute. Les images du ciel et de l’arbre se placent dans le groupe des symboles ascensionnels.

II.I.1 Le ciel
Dans son ouvrage intitulé La terre et les rêveries de la volonté, Bachelard explique la psychologie de la pesanteur, et montre comment l’être humain pourrait devenir supérieur par le rêve d’ascension. Le rêveur prend une distance de la terre grâce au regard panoramique. Il croit maîtriser l’univers. Donc le rêve d’ascension concoure à donner ce sentiment sur l’aspect pesanteur de la chute imaginaire. Nous pouvons dire que sur les endroits élevés, nous trouvons le réconfort et le calme. Et l’ascension vers le ciel devient un remède contre le temps angoissant.

Le ciel est le symbole des puissances supérieures à l’homme. Il est le séjour des divinités. Le ciel est une manifestation directe de la transcendance, de la pérennité, de la sacralité. Ce que nul vivant de la terre ne peut atteindre. Chez Le Clézio le ciel est le symbole de la pureté :
1

Dans cette partie le ciel est une place pure où les hommes et les femmes sont nés. Les hommes de cette partie du monde sont leurs propres ancêtres. On sait qu’une bonne partie de l’histoire des Nomades tourne autour de la personne fabuleuse du Saint, « celui qu’on appelait AL AZRAQ (l’Homme Bleu) ».

2

1 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.9.
2 Ibid., p.90.

Ce fragment de Désert nous raconte le bonheur de Lalla quand elle regarde le ciel. Le ciel est un élément céleste qui reflète l’âme des hommes surtout Lalla parce qu’ ” il luit comme un miroir”, c’est pour cette raison que ” Lalla ouvre très grand les yeux, elle laisse le ciel entre en elle.”

Parfois l’image du ciel s’allie aux images de la lumière. Dans cet exemple de La ritournelle de la faim, nous avons l’isomorphisme des images du ciel et de la lumière :

1

Signalons que le monde des couleurs a une place privilégié dans le thème de la lumière. Ethel chante et conduit, la fraîcheur du ciel désigne un beau jour et provoque la joie et le bonheur du personnage. La couleur bleu procure aussi le calme et la tranquillité pour cette jeune fille.

1 LE CLEZIO, La ritournelle de la faim, op.cit.p.107.
D’après Gilbert Durand, les rêveries d’azur et de lumière pure, comme le bleu, sont plus ou moins liée au désir de transcendance et d’élévation. Donc, dans l’imaginaire de notre auteur, le bleu et la fraîcheur du ciel sont des moyens pour arriver à l’ascension.

Le ciel est le plus exact symbole du schème de l’élévation, car le ciel est le plus haut de tout. Gilbert Durand exprime : «  les historiens des religions insistent sur le remarquable caractère monothéiste du culte du ciel ou du Très-Haut. Seul le ciel est divin (…) »1 Le ciel est la source des symboles célestes : “le soleil et la lune”. Donc toute lumière vient du ciel et elle a une origine céleste :
2

Par le terme de “haut”, l’auteur insiste sur le lieu élevé du ciel. Un remarquable isomorphisme unit l’ascension à la lumière, ce qui fait écrire à Bachelard que : « c’est la même opération de l’esprit humain qui nous porte vers la lumière et vers la hauteur. »3

1 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op.cit., p. 151.

2 LE CLEZIO, Désert, Op.cit., p. 8.

3 in Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, p. 163.
Nous allons revenir au centre qui paraît coïncider avec

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