du temps sera symbolisée d’abord par les images de la nuit terrifiante, le noir, le sombre, ensuite par les images de l’eau noire avec ses aspects secondaires (par exemple la pluie destructrice) ; toutes ces images appartiennent aux symboles nyctomorphes.

Ces symboles temporels des ténèbres affirment leur isomorphisme avec les symboles thériomorphes que nous venons d’étudier.

I.II.1 La Nuit Terrifiante

Comme les autres grandes images matérielles, l’image de la nuit prélève deux aspects : tantôt elle exprime l’angoisse, les ténèbres du cœur et le désespoir de l’âme, tantôt elle devient le lieu privilégié de la communication pour l’auteur :

«  Comme tout symbole, la nuit présente un double aspect, celui des ténèbres où fermente le devenir, celui de la préparation du jour, où jaillira la lumière de la vie. »1

La nuit engendre le sommeil, la mort, la tromperie et les angoisses. Entrer dans la nuit, c’est revenir à l’indéterminé, où se mêlent cauchemars et monstre, les idées noires. Nous allons voir comment la nuit terrifiante se manifeste-elle chez Le Clézio.

1 CHEVALIER, Jean, GHURBERANT, Alain, Dictionnaire des symboles, Paris, Bouquins, 2005.p. 682.

Ce fragment tiré de Désert, exprime que la nuit le clézienne provoque la peur. Dans cette partie, il y a un rapport entre la solitude, la nuit et la peur :

1

L’exemple ci-dessous représente la nuit comme un animal qui fait mourir les hommes. Elle peut effrayer les gens. Elle constitue ainsi une image bestiale :

Elle ne savait pas bien ce qu’était la peur, parce que là-bas, chez le Hartani, il n’y avait que des serpents et des scorpions, à la rigueur les mauvais esprits qui font des gestes d’ombre dans la nuit; mais ici c’est la peur du vide, de la détresse, de la faim, la peur qui n’a pas de nom et qui semble sourdre des vasistas entrouverts sur les sous-sols affreux, puants, qui semble monter des cours obscures, entrer dans les chambres froides comme des tombes, ou parcourir comme un vent mauvais ces grandes avenues où les hommes sans s’arrêter marchent, marchent, s’en vont, se bousculent, comme cela, sans fin, jour et nuit, pendant des mois, des années, dans le bruit inlassable de leurs chaussures de crêpe, et montent dans l’air lourd leur grondement de paroles, de moteurs, leurs grognements, leurs halètements. 2

1 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.33.
2 Ibid., p.279.
Dans ce fragment, le narrateur nous explique que la nuit non seulement chez le Hartani dans le désert mais aussi dans la ville chez les habitants de la ville et pour Lalla, n’est pas supportable. Dans le désert ce sont des scorpions et les serpents qui terrifient Lalla. Ces deux animaux nous incarnent la mort et la peur.
Le scorpion aussi ne donne pas la vie mais la mort. Il est associé à l’obscurité et à la couleur noire comme les idées noires.

Selon Gilbert Durand le serpent est le gardien du mystère ultime du temps, de la mort : ” le serpent, non seulement recèle l’esprit des morts, mais encore possède les secret de la mort et du temps : maître de l’avenir comme détenteur du passé il est l’animal magicien.”1
A Marseille, elle est terrorisée; elle vit dans l’angoisse et la peur. Elle se sent traquée et mène une vie de fuyard. Pendant la nuit tout est “affreux et puant”, les chambres sont comme les tombes. Cette image nous donne des idées noires. Pendant la nuit Lalla a toujours peur de la faim, de la détresse et du vide.

1 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op. cit., p.368.

On se trouve une relation entre la nuit et la sauvagerie. À ce titre, il y a un isomorphisme des symboles nyctomorphes et thériomorphes.
Dans le passage ci-dessous, l’arrivée de la nuit s’accompagne de terreur. Le grand-père de narrateur déteste des cafards et des cancrelats. Selon lui, ils apportent les maladies et surtout le cancer.

1

Les cafards donnent des idées noires, la dépression et la pollution mentale. Le verbe “ronger” est un verbe bestiaire qui signifie détruire.

1 LE CLEZIO, L’Africain, op .cit., p.39.
I.II.2 L’eau noire

À la suite des images noires concernant la nuit, le sombre, à présent, nous étudions les images de l’eau noire. L’eau est « l’élément le plus constant et le plus féminin. »1 L’imagination matérielle de l’eau est un type particulier d’imagination. Les images de l’eau, nous les vivons tous les jours et dans toutes leur complexité.

Dans la rêverie de Le Clézio, l’eau occupe une place privilégiée. Cette représentation maternelle est tantôt lourde, ténébreuse, inquiétante et tantôt calme, joyeuse et réconfortante. L’objet de notre analyse ne sera pas des eaux claires qui sont comme symboles de la vie et qui offrent la vie à l’homme mais l’aspect terrifiant et ténébreux de l’eau. En effet l’eau noire, substance symbolique de la mort, fait partie des symboles nyctomorphes.

1 BACHELARD, Gaston, L’eau et les Rêves Essai sur l’imagination de la matière, [s.l], José Corti, 1942, p. 12.
Dans ce passage de Désert le narrateur parle de l’eau du bassin, par le terme “noire”. Dans cette eau il y a des débris et les mouettes qui ne le veulent pas. Les gens aussi sont indifférents devant ce bassin. Un état de l’angoisse présente dans cette scène :
1

Désert fait exception dans la discussion sur le fleuve en tant que voie de communication dans la mesure où les personnages y avancent à pied dans le lit du fleuve, la sécheresse ayant évacue l’eau intermittente en fonction au fil des saisons. L’essentiel du récit sur les hommes bleus décrit le trajet des guerriers, remontant des lits de fleuve desséchés vers leur destination finale, la ville d’Agadir, ou ils vont être battus et décimes, et d’ou les survivants devront revenir en arrière. L’aridité de cet espace ressemble par endroits davantage aux voies goudronnées urbaines qu’aux fleuves ou coule l’eau.

1 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.261.
On voyait seulement, de toutes parts, sur le lit noir du fleuve desséché, ces silhouettes qui marchaient lentement, et ces troupeaux de chèvres et de moutons, et ces hommes montés sur leurs chameaux, sur leurs chevaux, qui allaient quelque part, vers leur destin.
Pendant des jours ils ont remonté l’immense vallée du Draa. Sur l’étendue de sable craquelé, durci comme la terre cuite au four, sur le lit noir du fleuve où le soleil du zénith brûlait comme une flamme. 1

La couleur du fleuve est perçue comme noire dans certains contextes ou le fleuve se montre destructeur et menaçant. La présence de l’eau du fleuve prend une valorisation négative. Le fleuve est seulement indique comme ≪ desséché ≫. A partir de la bataille finale, aussi bien les soldats ennemis que les survivants marchent ≪ sur le lit du fleuve ≫, sans que cet espace ne soit guère défini davantage.

Ce passage de Désert fait une bonne définition de l’eau de désert qui n’est pas l’eau qui donne la vie; c’est l’eau qui gêne. L’eau qui est symbole de la vie, on ne le voit dans le désert. Elle est lourde et morte. Elle donne la colique et fait vomir. Une image ténébreuse de l’eau règne sur ce fragment:

1 Ibid., p.242.
1

L’eau serait liée aux larmes par un caractère intime, elles seraient l’une et l’autres . 3

4

L’eau noire chez notre auteur se manifeste sous des images du pleur. Dans cet exemple de Désert, l’héroïne nous incarne sa tristesse et son angoisse par son pleure. Elle est envahie de chagrin, de douleur et de l’inquiétude.

1 Ibid., p.24.
2 Bachelard, L’eau et les rêves, op.cit., p.124.
3 DURAND, Gilbert, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Introduction à l’archétypologie générale, Op.cit. p.106.
4 LE CLEZIO, Désert, op.cit., p.288.
1

Ce passage de Désert fait une comparaison entre la pluie et les larmes du personnage : Lalla, pour montrer sa tristesse et son chagrin. Lalla est dans le désert où il n’y a que la faim, la peur, la mort. Elle ne peut pas continuer car “la terre est dur et le ciel ne veut pas des hommes “. Il y a une sorte de torpeur chez Lalla parce qu’elle reste affaissée sur elle-même.

Gaston Bachelard voit dans la contemplation de l’eau la dissolution de l’être :

1 Ibid., p.205.
1

Cette dissolution prend souvent la forme d’une amnésie chez le personnage. La dissolution du personnage, voire l’abolition d’un avenir, combinée à l’amnésie, voire l’effacement du passé, la lance dans un éternel présent.

1 BACHELARD, Gaston, L’eau et les rêves. Essai sur l’imagination de la matière, op.cit., p.66.
I.III LES SYMBOLES CATAMORPHES

Nous voulons présenter une nouvelle partie des images négatives du Régime diurne de l’imaginaire par le schème de la chute. La chute est la troisième épiphanie de l’angoisse humaine devant la temporalité :

«  Elle développent toutes une impression psychique qui, dans notre inconscient, laisse des traces ineffaçables : la peur de tomber est une peur primitive. On la trouve comme une composante dans très variées. C’est elle qui constitue l’élément dynamique de la peur de l’obscurité ; (…) le noir et la chute, la chute dans le noir, préparent des drames faciles pour l’imagination inconsciente. »1

« La

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